On ne peut pas dire qu'il soit le plus gracieux des habitants de l'étang. Avec sa grosse tête ronde, son corps trapu, ses dents orange fluo et sa longue queue de rat qui fend l'eau, le ragondin ne fait pas l'unanimité. Et pourtant, à y regarder de plus près, ce gros rongeur semi-aquatique a une vie passionnante — et une histoire encore plus étonnante.
🌎 Un voyageur venu de loin
Le ragondin (Myocastor coypus) n'est pas originaire de France. Ce grand rongeur semi-aquatique vient d'Amérique du Sud — Argentine, Chili, Uruguay — où il vit dans les zones marécageuses. C'est l'industrie de la fourrure qui l'a introduit en Europe au XIXe siècle : ses poils denses et imperméables, vendus sous le nom commercial de nutria, étaient très appréciés. Quand les élevages ont périclité, les ragondins se sont échappés… et ont très bien réussi leur reconversion dans la nature française.
Aujourd'hui, il est présent dans presque toute la France, particulièrement abondant dans les Landes, la Camargue et les marais de l'Atlantique. Sa silhouette de gros rat brun flottant à la surface des étangs est devenue un spectacle familier des bords de l'eau.
🏊 Un nageur hors pair
Le ragondin est taillé pour l'eau. Ses pattes arrière sont partiellement palmées, sa fourrure est composée de deux couches — des poils de protection et un duvet très dense imperméable — et il peut rester en apnée plusieurs minutes. Il nage avec sa queue cylindrique comme gouvernail, et peut atteindre 8 km/h dans l'eau, ce qui est très respectable pour un rongeur.
Il creuse des terriers dans les berges, ce qui lui vaut une réputation désastreuse auprès des propriétaires de digues et d'étangs : ses galeries peuvent fragiliser les berges et provoquer des effondrements. C'est pour cette raison qu'il est considéré comme une espèce invasive nuisible en France — et que sa présence dans votre étang vous inspire un « malheureusement » bien compréhensible !
🌱 Des qualités malgré tout
Malgré sa réputation d'envahisseur, le ragondin a ses défenseurs. Herbivore strict, il se nourrit de plantes aquatiques, de roseaux, de racines et de végétaux divers — contribuant ainsi à l'entretien de la végétation des berges. Il n'est ni agressif ni dangereux pour l'homme, et ses petits — nés bien développés, couverts de fourrure et capables de nager dès le premier jour — ont un charme indéniable.
Il peut avoir jusqu'à 13 petits par portée, et deux à trois portées par an : autant dire que la régulation de ses populations est un vrai défi. Mais dans votre étang des Landes, ce gros rongeur brun aux dents orange fait à sa façon partie du décor — et même s'il agace, il mérite qu'on le regarde avec un peu de curiosité et d'indulgence.